La recherche de nouvelles approches et l’intégration des contraintes

Une entrevue avec Tom Chung

par Jessica Antony — le 18 juin 2019

Pour le designer originaire de Vancouver, Tom Chung, le design de qualité doit représenter une idée claire. L’idée ne doit pas nécessairement être fonctionnelle, explique-t-il, mais ce doit être une idée néanmoins, qu’elle soit d’ordre esthétique ou perturbateur. Tom, nommé Designer de l’année 2018 par la revue Designlines, est un résidant de Toronto et le concepteur de la collection Plank. Cette collection propose des meubles de rangement fermé, y compris des tables à café, une table d’appoint et des meubles audiovidéos.

Études

Les études de Tom ont été constituées de deux volets sur lesquels il base maintenant ses conceptions. En plus de son diplôme en design industriel obtenu à l’université d’art et de design Emily Carr à Vancouver, il a également suivi une session en design de meubles à l’université Malmstens Linköping de Stockholm, en Suède. Ces deux programmes ont grandement influencé sa pratique, ayant un côté du cerveau dédié à la pensée systémique et l’autre au savoir-faire, déclare-t-il.

Alors que son travail à Emily Carr était axé sur une réflexion plus large, telle que l’implantation sécuritaire de systèmes de ravitaillement en hydrogène, sa session à l’école du meuble en bois traditionnel Malmstens fit une juxtaposition utile — C’était vraiment intéressant, mais très différent de ce que je faisais déjà. Après ses études universitaires, il occupe un premier emploi en approvisionnement au service de la production d’une grande entreprise de Toronto. Il commence à voir l’ampleur du travail investi dans la mise en marché d’un produit et aussi ce qui contribue à son succès à grande échelle et cela n’a généralement rien à voir avec son esthétique, mais avec notre habileté à intégrer les contraintes au design au lieu de les contrer. 

Cette expérience contribue à son travail en design actuel, surtout en ce qui concerne sa collaboration sur la collection Plank d’EQ3 : C’est une rare occasion, parce que peu de sociétés ont leur propre chaîne d’approvisionnement depuis la production jusqu’à la vente au détail comme c’est le cas pour EQ3, et c’est agréable, car on peut contrôler et gérer la manière dont le produit est fabriqué, distribué et vendu. 

“Je pense que la plus grande erreur que font les gens est de mettre trop de choses dans une même pièce.”

Approche en matière de design

Son approche actuelle est axée sur le contexte environnemental, en tenant compte des systèmes de distribution, de fabrication et d’infrastructures culturelles. L’endroit où aboutira le produit fini est un facteur crucial en ce qui concerne sa conception — sa taille, ses proportions, ses matériaux, son esthétique et son fonctionnement dans l’environnement auquel il est destiné. Pour la collection Plank, Tom voulait quelque chose de neutre et contemporain, mais qui pourrait encore se fondre à l’arrière-plan de la plupart des intérieurs. Le mariage de rangement fermé et de personnalisation multifacette rend cette série de meubles en placage de noyer ou chêne à la fois unique et parfaitement adaptée à l’espace de chaque individu. Le résultat est un groupe de volumes asymétriques avec deux tailles de panneaux de portes coulissantes, petites et grandes, qui définissent la hauteur de chaque boîte», explique Tom. Les portes ont été conçues avec des lattes de bois et des revêtements en tissu de sorte qu’elles laissent passer les signaux numériques d’une télécommande. Les caissons assument un langage neutre et bien proportionné pour exposer et ranger divers objets.” Tom explique que cette collection “asymétrique est bien équilibrée, ce qui nous permet de placer plusieurs de ses meubles dans une même pièce sans que l’effet soit [homogène].”

Son accent sur la création d’une collection dont les morceaux peuvent coexister sans être trop “pareils” repose sur l’intégration de souplesse en matière de design d’intérieur. “Personnellement, je pense que si on a ce genre de décor dans une pièce, tout devient très imposant et très rigide ” explique-t-il. “Une bonne comparaison serait une table de salle à manger mise avec le traditionnel ensemble de huit couverts appareillés par place au lieu d’articles divers provenant d’un marché aux puces,ou autre, qui insufflent une belle désinvolture. Et je pense que maintenant, les gens se sentent plus à l’aise avec ce mode de vie. J’essayais de créer quelque chose qui offrirait un effet décontracté, quelque chose que l’on pourrait se procurer à un seul endroit au lieu d’avoir à magasiner et à agencer plusieurs articles. 

 

Démarche de conception

La démarche de conception de Tom implique beaucoup de recherche préparatoire et de réflexion pour trouver des solutions à des problèmes courants : Quand je pense à un produit, je commence habituellement à examiner tous les précédents et les conditions architecturales existantes pour parfois constater qu’il y a un détail d’intérieur présentant un besoin récurrent que l’on a souvent remarqué, mais pour lequel il n’y a aucune solution. Bien qu’il ne possède pas de marque de commerce particulière en ce qui concerne ses conceptions, il dit qu’il cherche toujours de nouvelles façons d’aborder un projet : Ce pourraient être au niveau des matériaux : l’utilisation d’un nouveau matériau, la création d’une nouvelle fonction ou, comme c’est le cas pour EQ3, l’optimisation de ce qui est disponible à travers de sa chaîne de production et de vente au détail. Le processus est différent chaque fois, toutefois, ce qui aide à stimuler la créativité : C’est tout un fouillis, ce qui, je pense, est une bonne chose, sinon tout deviendrait très formulé et cela paraitrait dans le travail. 

Les derniers projets de Tom reflètent cette démarche désordonnée » et créative. Lors de son récent séjour au Banff Centre, Tom a appris comment travailler et utiliser de la céramique, « ce qui était très différent pour moi parce que je la produisais et la manipulais moi-même », dit-il. Il s’agissait purement d’un projet d’exploration de matériau. L’une des choses que j’ai réalisées pendant mon séjour où je fabriquais toutes sortes d’objets, c’est que les meilleurs résultats sont réalisés par les mains de la personne qui conçoit. Je ne peux donc pas dire que j’ai de nouvelles idées de conception d’objets en céramique, mais j’ai un intérêt en parallèle pour la création d’objets en céramique. C’est également un bon contrepoint à mon travail habituel, où l’on peut réaliser un projet en un jour plutôt que deux ans.

Un autre projet récent de Tom est une publication nommée Local Source. Essentiellement un journal de démarches, Local Source est fondé sur les expériences vécues par Tom lors de ses déplacements quotidiens. Le fait de travailler à Toronto permet à Tom de travailler avec des entreprises situées dans des villes et des fuseaux horaires différents, tout en disposant d’un excellent réseau de fabrication industrielle local. Il marche quotidiennement de son appartement à son studio, en passant par le chantier de construction du nouveau musée d’art contemporain de Toronto. Aussi, il conduit régulièrement vers les banlieues pour visiter les usines où ses prototypes sont fabriqués, voyageant devant les projets de construction de façades et les travaux publics en cours. C’est au cours de ces déplacements réguliers qu’il prend connaissance des micro-avancements, explique-t-il.

Tom a commencé à photographier ses observations quotidiennes pour documenter ce qui se passait directement autour de moi pendant que je fabriquais des choses. Son livre inclut des photocopies et des télécopies de correspondance par courriel et les reçus des prototypes, alors ce n’était que de la documentation relative à ma démarche plutôt que de l’inspiration, mais d’une certaine façon, je pense que c’était ça qui était l’inspiration,  dit-il.  Je crois que si l’on subit un hiver très sec, difficile et froid toute en voyageant en banlieue avec des matériaux froids au quotidien, cela transparaitra dans le travail. Je voulais faire quelque chose qui s’inscrit dans ces espaces. 

Conseil en matière de design

Le conseil de Tom en matière de design consiste résolument à ne pas avoir peur de laisser de l’espace vide. Je pense que la plus grande erreur que font les gens est de mettre trop de choses dans une pièce, explique-t-il. Bien que nous puissions ressentir le besoin de remplir tous les murs, tous les coins et recoins de meubles ou d’accessoires, il ne faut pas craindre de laisser un espace vide, car cela peut réellement contribuer à la tranquillité et à la cohésion d’une pièce. C’est particulièrement le cas lorsque, de plus en plus, nous vivons dans des espaces plus restreints : Étant donné la façon dont les gens vivent aujourd’hui, tous occupent beaucoup moins d’espace et je pense qu’ils remplissent impulsivement chaque pied carré avec des choses , explique Tom. Je crois que les gens ont besoin de beaucoup moins de choses qu’ils ne possèdent. Et je pense que c’est important pour notre bien-être, car un espace qui est rempli à ras bord d’objets crée une ambiance stressante — sauf si c’est intentionnel et que l’on prospère dans ce genre environnement. Mais je crois que lorsque les gens tentent d’aménager leur espace et qu’ils ne savent pas vraiment quoi faire ou qu’ils n’ont pas nécessairement d’opinion quant à ce genre d’activité, la réaction naturelle est de surcharger l’espace, car c’est ce qui est le plus commun dans les espaces publics et ce à quoi les gens sont habitués. 

Vous trouverez d’autres œuvres de Tom ici sur son site et d’autres informations sur la collection Plank, ici.

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